Eglise, m’aimes-tu ?

LE PLUS DE NOS VIES
« Donnez-vous à Dieu, afin de parler dans l’esprit humble de Jésus-Christ, avouant que votre doctrine n’est pas vôtre, ni de vous, mais de l’Evangile. Imitez surtout la simplicité des paroles… de Notre Seigneur »
(St. Vincent de Paul - 1581-1660)
EGLISE M’AIMES-TU ?
“Eglise, m’aimes-tu ?” est un cri de coeur que j’ai finalement, après 15 longues années de souffrance, envoyé à l’Evêque de notre Eglise à l’Ile Maurice.
Il m’a répondu… Ma lutte néanmoins continue et ma souffrance n’aura de cesse que quand la sanction sera levée, abolie à jamais.
« Celui qui demeure dans le Seigneur, malgré tous les arguments contraires et bien qu’il reconnaisse que dans l’Eglise beaucoup de choses pourraient être différentes et meilleures que ce qu’elles sont, celui qui demeure en lui comme un enfant de Dieu sait que c’est une grâce que de pouvoir y demeurer et qu’il serait prétentieux de vouloir tout juger et tout comprendre. » (Jean Le discours d’adieu t.11.p.23)
En quête de je ne sais quoi, je pris connaissance de cette déclaration à travers un site internent… En un flash ont défilé devant mes yeux, une enfance violée, une adolescence volée, une vie d’adulte torturée, une spiritualité en perpétuelle recherche, une attirance qui se renouvelle, de plus en plus forte , le besoin d’une autre vie, un réel accomplissement après une longue errance au désert… un appel Divin!
Divorcée et remariée par choix, chrétienne par amour, l’Eglise Catholique à laquelle je suis affiliée, m’excommunie, et je vis très mal son jugement. Alors, j’erre…, j’erre sans elle… seule et crucifiée !
Cet état a fait de moi un être de questions, une âme tourmentée de réponses. Cette déclaration de l’apôtre préféré me bouleverse, et je crie tout haut :
Eglise… m’aimes-tu ?
Moi qui suis ton enfant, depuis ce jour où nos routes se sont croisées pour la première fois, quand tu as fais glisser sur mon front l’eau du baptême. Moi qui t’appartient, depuis que tu as fais germer en mon coeur la graine de vie qui me relie au Christ, qui me relie à toi. Ce Jésus, c’est toi qui me l’as présenté, fait connaître, offert, donné, le jour où, recueillie, timide, je me suis approchée pour la première fois de ta Sainte Table - j’avais alors 7 ans … ! Ma mémoire ne peut effacer ce moment qui a marqué ma vie entière… !
Eglise, m’aimes-tu ?
Moi, qui te suis fidèle malgré mon recul, mon éloignement de toi, mes questions, mon profond désir de te connaître malgré tout, l’envie de me faire connaître avant tout, et mon infatigable lutte à vouloir te comprendre…
Eglise, m’aimes-tu ?
Depuis le jour où tu m’as interdit l’accès à ta Sainte Table, tu m’as broyé le cœur et incendié l’âme ? Depuis ce jour, Eglise, je porte sur le front les stigmates d’un mot, que tu as inscrit toi-même avec le sang versé de ton calice doré : « ADULTERE » ! Et j’ai mal… !
Dis moi Eglise, est-ce de la prétention, ou suis-je en raison, aujourd’hui, de te demander des comptes, moi qui malgré tout te demeure profondément attachée ? Suis-je à tes yeux à ce point pécheresse, damnée, souillée, si contagieuse, que tu doives me rejeter, m’isoler, me garder dans l’ombre, que tu doives m’abandonner à brûler vive tous les jours de ma vie ?! Suis-je à tes yeux si condamnables que tu ne puisses me pardonner ?
Je suis pécheresse et je le confesse… J’ai péché contre ma parole et ma faiblesse humaine a pris le dessus ! J’ai péché envers l’homme, et il a péché envers moi… Ensemble, devant Dieu, nous avons fait la paix, un pacte d’amour qui nous unit à une nouvelle vie, une nouvelle alliance, dans la reconnaissance de nos faiblesses et l’acceptation de nos manquements ! L’homme a pardonné… Dieu a réconcilié, Il a renouvelé Son alliance ! Mais toi, Eglise, humaine et pécheresse sans aucun doute, qu’as-tu fait quand je suis venue à toi avec mes larmes de regret et mon cœur débordant de remords ? Tu m’as jugée, sanctionnée pour la vie !
Certains de tes disciples disent que c’est la croix que je dois porter, qu’elle est taillée à ma mesure… ! Toi qui es la plus instruite de nous deux, toi qui possèdes la grande connaissance des livres sacrés, qui sais tous leurs secrets, dis moi pourquoi je dois porter une croix ? Le Fils de Dieu n’a-t-il pas déjà porté la sienne pour la rémission de mes péchés, et des tiens ? C’est toi qui le proclames Eglise, à chaque fois que tes mains renouvellent Sa passion ! Dis-moi pourquoi dois-je continuer à souffrir de ton regard accusateur, alors que le Père, quand je pleure ton manque de charité, ton manque de compassion, Lui, m’honore de son regard le plus doux, le plus fidèle, le plus miséricordieux ?!
Mon parcours, je l’ai commencé avec toi. Tu es la base, le chemin qui m’a mise sur Son chemin, ce Dieu qui nous aime, toi et moi, du même amour INCONDITIONNEL. Ne vois-tu donc pas que mon âme, sur laquelle tu n’as plus d’emprise, ne peut toujours pas effacer ton empreinte ?
Ne comprends-tu donc pas qu’en aimant de tout mon être le Dieu Miséricorde, je t’ai perdu… !?
Ecoute ma plainte, Mère Eglise. Comprends la souffrance qui la motive. Elle ne vient pas seulement de moi… Nous sommes des milliers à demeurer dans l’ombre à chaque fois que tes mains pécheresses offrent l’hostie que tu consacres à certains et refuse à d’autres. Nous sommes des milliers à contempler dans l’ombre les autres pêcheurs recevoir de tes mains l’Eucharistie qui nous est interdite. Nous sommes une multitude d’excommuniés.
A cette multitude que tu retiens dans la honte et l’humiliation, dans la douleur et l’incompréhension…, Eglise, que dis-tu ? A cette mère, une parmi tant d’autres, qui me confie sa douleur de devoir demeurer dans l’ombre quand son fils bientôt communiera pour la première fois au corps du Christ que tu appelles Amour, Fidélité, Miséricordieux, Eglise, que dois-je répondre ? A l’enfant innocent qui questionne son père, sa mère, qui questionne son maître… quand moi je ne trouve plus les mots, quand je pleure, à nouveau immolée…, toi Eglise… que lui dis-tu?
De nous deux, c’est toi que Dieu a choisi pour être ici-bas Son représentant! Ton jugement, ta sanction, valables à tes yeux, cruels et humiliants aux miens, méritent-ils ce Divin honneur ?
Je viens vers toi Mère choisie, à cœur ouvert, à cœur comblé de grâces et dénué de toute amertume, afin que tu prennes conscience de ma souffrance et de celle de ceux qui n’osent pas pleurer devant toi…, qui pensent s’être détournés de Dieu en se détournant de toi… ils n’ont pas su faire la différence… ! Sache qu’à chaque fois qu’ils saignent, je saigne aussi…
Sache qu’à chaque fois que ma bouche hurle de douleur et que dans mon cœur, déjà blessé au vif, tu remues à nouveau le couteau de la peine capitale, sache Eglise que ce n’est pas moi seulement que tu sacrifies, c’est Dieu que tu crucifies !
Je crois en un Dieu qui n’est qu’amour. Je crois en un Dieu qui a le pouvoir d’unir quand l’amour unit. Je crois en un Dieu qui a le pouvoir de désunir quand l’amour désunit. Seul ce Dieu a le droit de me porter un jugement… et Il ne l’a pas fait. Alors que ta main s’était levée, prête à me lapider, dans le sable, sur le sol, Il a écrit mon nom… GRACIEE !
« Va, » a-t-il dit, « Va et ne pêche plus ! » Je n’ai pas entendu, « Va et n’aime plus » !
Dieu m’a créée libre, et toi de même. Il nous a envoyé Son Fils pour nous rappeler qu’Il est Amour. Celui qui aime ce Dieu vit dans la liberté et la vérité. La vérité rend libre et pur toute pensée, tout acte, tout choix pris avec le consentement de l’Amour.
Je suis libre de mes pensées, libre de mes choix. Ma liberté m’octroie le droit de m’approcher de Dieu, de jouir de Ses bienfaits. Je sais que je choisirai toujours le chemin de l’Amour, celui qui, dans le même souffle, avec la même ardeur, se donne et se prend avec respect. Oui, j’ai choisi d’aimer et d’être aimée. En quoi ce sentiment, nourri par le Père, anobli par le Fils et vivant dans l’Esprit, te dérange et te donne le droit de me juger et de me sanctionner ?
Eglise, dis moi, en quel Dieu crois-tu ? Dis moi qui est ce Dieu que tu aimes ? Je ne le sais plus… !
Eloignée de toi, je le suis - ma douleur est trop forte. Vivante, je demeure, à jamais… en Lui !
Tu ne m’aimes pas Eglise…, mais aujourd’hui devant Dieu et les hommes, je te pardonne…, car tu ne sais le mal que tu me fais.
« Dieu est Amour,
Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu
Et Dieu demeure en lui. »
(1 Jean 4 :16)
Toi mon frère, ma sœur, toi mon ami
Toi qui souffre comme je souffre
Je te dédis mon CRI.
Pour toi, qui t’es éloigné,
Qui n’a pas compris mon besoin
Le sens de mon geste
Pour toi, qui m’a rapportée,
Pour toi, qui m’a condamnée
Pour toi, qui me sanctionne
Quand dans sa grande tendresse,
Dieu, Lui, m’a reprise !
Un seul mot me vient…
REVIENS !
+
Doris David
14 Septembre 2007
Pro Deo

