Lettre ouverte à l’Eglise

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« Donnez-vous à Dieu, afin de parler dans l’esprit humble de Jésus-Christ, avouant que votre doctrine n’est pas vôtre, ni de vous, mais de l’Evangile. Imitez surtout la simplicité des paroles… de Notre Seigneur »
(St. Vincent de Paul - 1581-1660)
Lettre ouverte à l’Eglise catholique et à son pasteur Gérard Sullivan …

Selon les propos de Gérard Sullivan, prêtre à l’autorité certaine au sein de l’Eglise Catholique, «L’Eglise continue de chercher par tous les moyens à améliorer sa pastorale d’accueil des divorcés remariés.» (La Vie Catholique No.13). Nous sommes un couple divorcé et remarié qui essaie d’exister au sein de L’Eglise de notre baptême.
Devant ces propos, nous demeurons perplexes, et souhaiterions ardemment connaître ces « moyens » miracles, alors que nous savons qu’il n’y en a qu’un : en La Loi d’Amour et Miséricordieuse de Dieu, en Christ. Alors qu’au même titre que les autres chrétiens catholiques, nous venons ouvertement et courageusement réclamer à l’Eglise la nourriture qui nous est due, nous sommes traités de « semeurs de troubles », « dérangeant et déstabilisant la communauté ! »
Contrairement à ce que pense le pasteur Sullivan, les divorcés remariés qui demandent à être traités de manière équitable, sont d’honnêtes personnes tout à fait normales et respectables, qui vivent sans honte et sans gêne, en toute fidélité, au sein de leur couple et de leur famille pour la plupart recomposée, et leur amour irradie le bonheur autour d’eux!
« Blessés » par le manque d’amour, ils le sont. Ceux qui choisissent de se remarier, montrent bien qu’ils refusent de le rester à vie - un désir tout à fait naturel pour des créatures créées par et pour l’Amour. Ils croient que l’échec d’un amour n’est pas nécessairement l’échec de l’amour, tout comme l’échec d’un mariage n’est pas celui du mariage.
Ainsi, en se donnant une autre chance d’aimer et d’être aimés d’un amour plus franc, plus sincère, plus solide, plus fidèle, ils se donnent le droit de renaître à l’Amour d’un Dieu qui « aime depuis toujours, et reste profondément attaché » (Jr.31-3) à toutes Ses créatures.
Non seulement Dieu leur permet de se revaloriser dans la solidité d’un nouvel amour, mais il leur accorde le moyen de retrouver leur dignité perdue, et de continuer à propager Son amour et à Le perpétuer ! Où donc est le mal ? N’est-il pas de loin préférable de vivre un amour honnête et fidèle aux yeux de Dieu, que de demeurer dans une relation fausse et infidèle, en restant mariés pour les yeux de l’Eglise ?
« Un mariage se fait à deux » : nous approuvons la remarque du pasteur Sullivan Dans l’union d’un couple, il y a en jeu la vie et le bonheur de deux personnes. Quand le couple s’aime inconditionnellement, et désire s’unir avec la ferme intention de nourrir et de sceller Dieu en leur amour, Dieu bénit leur union et la sacralise. Cette union restera sacrée autant de temps qu’elle réunira les éléments fondamentaux à son bon fonctionnement : l’amour, l’entente, le même regard, la liberté, la confiance, la fidélité… Le couple est responsable de son union, comme de sa désunion, et sa longévité demeure dans sa capacité de se pardonner !
Alors que le Christ vient nous réconcilier dans son amour : « Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé. » (Lc 15,31-32), la mère Eglise agit tout autrement en sa loi d’exclusion. Tant qu’elle restera sur ses positions, beaucoup de couples, hélas, se détacheront, non seulement d’elle, mais aussi de Dieu, n’ayant pas su faire la différence entre la loi d’amour de Dieu et celle d’exclusion des hommes.
Dieu est Amour, et Son Amour n’exclut personne, mais pardonne - « Je prends sur moi de pardonner tes révoltes et de ne plus garder le souvenir de tes fautes … J’ai passé l’éponge sur tes révoltes et tes fautes… je prends en main ta cause » (Es 43 :25, 44 :21,22). Qui donc a le droit de s’opposer à ce pardon ? « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ». (Rm 8 :31).
En ces paroles miséricordieuses et réconciliatrices, Dieu nous accueille et nous rassure, Il fait preuve d’un amour inconditionnel. En elles nous puisons notre réconfort, la fermeté de notre foi, et notre confiance en Sa loi, qu’Il inscrit Lui-même profondément dans nos coeurs afin qu’elle s’y développe et révèle Sa puissance de grâce. C’est en l’Amour de Dieu que l’amour des hommes se matérialise le plus et s’accomplit.
Isolés, les divorcés remariés le sont. Leur proposer des « pistes », des « mouvements», des «temps de prière» et autre « communion de désir », ne peut que les aider à souffrir mieux, et ne peut guérir leurs blessures profondes. Sans doute certains y trouvent un moyen de consolation. Quant à nous, nous continuons à penser qu’aucune autre « communion » ne peut égaler l’unique communion au corps du Christ offert par Lui-même à ses apôtres en légation.
Quand les mains du prêtre sacralisent son corps en l’hostie, elles sacralisent en même temps Son ardent désir de Se donner à ceux qui viennent Le chercher en nourriture spirituelle. Il ne peut y avoir désir sans don et don sans désir.
A la Sainte Table, c’est le Christ qui reçoit le désir du fidèle de Le recevoir en son coeur, et c’est Lui qui se donne totalement, en ce désir. « Ceci est mon corps qui est donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi »! (Lc 22 :19). Là est son dernier vœu, l’héritage légué à son Eglise. En tant qu’héritière, elle est le pasteur de toutes ses brebis. En tant que tel, le Christ lui dit : « Il faut que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés, alors tous sauront que vous êtes mes disciples » (Jean 13,34-35) : Ici commence son oeuvre en son Eglise. « Le grand amour qu’elle a manifesté prouve que ses nombreux péchés ont été pardonnés…» (Lc.7, 47-50) : Ici se termine tout jugement.
Cette parole du Christ s’adresse à une prostituée venue l’implorer son pardon, en lui baisant les pieds, en les lavant de son onéreux parfum, en les essuyant de ses cheveux. Elle est la preuve que Dieu ne nous demande pas grand-chose, rien que des « manifestations » sincères de notre amour pour Lui, et pour les autres. C’est ainsi que nous devons être, que nous devons nous encourager, que nous devons nous porter, nous soutenir, nous aimer les uns les autres.
Peut-être qu’il est bon de prendre un moment pour se souvenir combien le Christ lui-même a « désiré prendre son dernier repas de la Pâque » (Lc 22,23) avec tous ses disciples ! Même ceux qui ne le méritaient pas, ont eu droit à leur part de nourriture. Le Christ avait tout annoncé à l’avance - à l’avance il savait qui le renierait, le trahirait, le condamnerait, qui douterait, qui l’abandonnerait. Pourtant ils les a tous traités de la même manière, nourris du même repas, pardonné avec le même élan, la même joie au coeur: « Père pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font » « Aujourd’hui même tu seras avec moi au paradis ». (Lc,23, 34-43).
Jamais le Christ n’a failli à sa règle d’or : « Aimez-vous les uns les autres » (Jn 13,24). Cette règle est notre loi, notre repère, notre discipline de vie, notre référence et notre autorité. Notre sensibilité et dévotion pour elle, ne peut donc accepter les paroles accusatrices et discriminatoires du pasteur Sullivan : « Il est bon de rappeler, par ailleurs, que les divorcés non remariés continuent d’avoir accès aux sacrements de la Réconciliation et de l’Eucharistie ».
Ce « rappel » est une condamnation pour certains, et une grâce pour d’autres. Ne vient-il pas diviser, semer le doute et la confusion dans le cœur des fidèles ? L’Eglise comprendra qu’il nous est difficile de nous accorder avec ces propos, quand nous savons, comme d’autres le savent aussi, que des « divorcés non remariés » de son institution, vivant dans l’ombre d’une vie de couple, continuent à recevoir d’elle, lesdits sacrements. Reconnaît-elle aussi ce fait notoire quand elle vient dénoncer publiquement la démarche des « divorcés remariés » qui vivent ouvertement leur amour à la lumière de l’honnêteté ? Est-ce la façon de vivre en communauté chrétienne ? La division, hélas nous le savons, blesse et sépare, tandis que l’égalité répare et unit.
« DIVORCES REMARIES : L’EGLISE TEND LA MAIN … ! » Ceux qui ne se sentent nullement concernés par notre situation, verraient certainement en ce gros titre du même journal, un geste hautement charitable et réconciliateur de la part des dirigeants de L’Eglise catholique.
Hélas, elle ne joint pas ici le geste à sa parole. Le jour de la fête de Pâques, alors que certains fidèles ont eu droit au repas et sont rentrés chez eux le coeur plein, les divorcés remariés s’en sont retournés vers leur condamnation à perpétuité, sans espoir de rémission, coeurs et mains vides, plus affamés, plus seuls que jamais !
Comment l’Eglise peut-elle, d’une part, blesser certains fidèles avec ses accusations, et d’autre part, les assurer de sa main tendue? Que se cache-t-il donc derrière cette belle déclaration? Serait-ce du baume pour apaiser ou alors un message déguisé qui rappellerait aux exclus de demeurer à leur place les jours de fête ?
N’étant pas insensibles, ni aveugles, ses propos nous atteignent, car la claque, la gifle, le soufflet, que nous recevons cruellement en ses « gestes brutaux de dénonciation » et « d’expulsion », qu’ «aujourd’hui », elle évite de nous donner par « souci pastoral », ne sont guère des manifestations d’amour! Se soucie-t-elle vraiment de nos sentiments ? Quel est donc ce père, et cette mère qui invitent leurs enfants à partager leur repas, et qui devant leurs mains ouvertes, choisissent d’en donner à certains et pas à d’autres ? Comment jugent-ils celui qui doit manger et celui qui doit mourir de faim ? « Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain… ? Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison le Père céleste donnera-t-il le Saint Esprit à ceux qui le lui demandent.».(Luc 11,11-13)
Le pasteur Sullivan est sur la bonne voie et nous l’encourageons dans sa démarche de continuer « à chercher, avec l’aide de l’Esprit saint, comment faire face à ce douloureux défi » qui s’inscrit comme ceci: Combien de fidèles divorcés remariés de l’Eglise Catholique, vivant leur couple dans la fidélité de l’Amour de Dieu, devront continuer, à cause de sa loi sacramentelle, à étouffer leur désir de s’approcher de Son Fils dans l’Eucharistie? Combien sont morts par sa faute, avec ce souhait au bout de leur dernier soupir? Combien mourront demain dans la même souffrance, avec les mêmes vœux formulés et jamais exaucés? L’Eglise ne voit-elle pas ici une urgence ?
Nos raisons d’exposer ainsi notre douleur sont légitimes et nos cris de cœurs blessés ne sont guère des « lamentations » de jeunes gens capricieux, pressés de voir justice se faire. Ils sont les pleurs du Christ demeuré en croix, en union avec la souffrance des hommes devant l’injustice des hommes. Ils sont notre désir de voir triompher la volonté de Dieu à la lumière de « notre Père qui pardonne nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous offensent ! » (Lc 11,2-4).
Nous laissons à Jésus le Christ, notre défenseur, de nous donner le « mot de la fin », car il Lui revient entièrement, Lui qui a tout pouvoir en son Père de nous juger, et qui ne le fait pas. Nous avons choisi, parmi tant d’autres, ces paroles toutes simples, archi-citées et méditées, et qui en disent long : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché, lui jette la première pierre ! » « Moi aussi je ne te condamne pas, va et ne pèche plus. » (Jn.8)
† Maurice & Doris David
Lettre publiée le 03.05.2009 – La Vie Catholique No. 18/Courrier)