Au Cardinal

« Donnez-vous à Dieu, afin de parler dans l’esprit humble de Jésus-Christ, avouant que votre doctrine n’est pas vôtre, ni de vous, mais de l’Evangile. Imitez surtout la simplicité des paroles… de Notre Seigneur »
(St. Vincent de Paul – 1581-1660)
Cardinal Jean Margéot
(1916-2009)
Cher Cardinal,
Ce matin ~ dimanche 19 juillet 2009 ~ une grande foule de gens se pressent et se rassemblent au monument de la « Marie, Reine de la Paix » à Port Louis, notre capitale. Mauriciens de toutes les couleurs du drapeau de notre île, chrétiens et non chrétiens, croyants et non-croyants, TOUS ensemble, viendront prier et rendre A DIEU une grande âme. La cérémonie préparée longtemps à l’avance, se veut grande ~ digne du premier Berger que Dieu nous ait donné d’aimer et de suivre.
Oui TOUS viendront et TOUS prieront pour Toi ~ Jean Margéot.
Derrière mon petit écran ce matin, brebis sans berger, ma communion s’en va vers Toi.
Cher Cardinal, comme Tu as de la veine ~ déjà Tes beaux yeux bleus ont vu les Siennes, déjà Tu es enveloppé de Sa Parfaite Tendresse… Dis-moi Cher Cardinal, maintenant que je n’ai plus d’audience à quémander pour Te voir et Te parler, que j’ai accès direct à Ton cœur plein de bonté… dis moi Cher Cardinal, de quelle couleur sont Ses yeux ? Oh, je les imagine tellement lumineux que Tu as peine à Les regarder, et si j’osais… je Te demanderai de me faire la grâce de m’envoyer un peu de ce rayon Divinement Lumineux, qui T’entoure maintenant pour l’Eternité.
Cher Cardinal, beaucoup d’encre ont et vont couler pour relater Ta vie, dont j’ai formé partie que de très très loin. Dieu m’a donné de Te rencontrer que 2 fois. Et jamais je n’oublierai Tes beaux yeux bleus, quand pour la première fois, ils ont croisé les miens…
J’étais alors moins haute que trois pommes qu’aujourd’hui je suis… Devant Toi, je me suis agenouillée pour recevoir de Tes jeunes et encore vaillantes mains, l’hostie consacrée et l’onction de l’huile sainte qui me faisait disciple à part entière de l’Eglise qui m’a baptisée. Ce fut un beau jour ~ le jour où pour moi, la vie a commencé… où, à travers Ton tendre et beau regard, j’ai rencontré et reçu en mon cœur, Jésus, pour la toute première fois. Séduite, je me suis alors imaginée, que Ses yeux avaient exactement la même teinte que les tiens. Est-ce que je me trompe cher Cardinal ? Ta grande humilité me dira tout de suite « OUI ma fille, tu te trompes ! » Mais moi cher Cardinal, je sais, qu’aujourd’hui ils se fondent… et cela me suffit !
Tu as parcouru Ton chemin, j’ai fait le mien. Que d’erreurs, que de joies, que de chagrins, que de bonheurs, ont jonché notre route… si différemment menée ! A chaque fois que j’entendais parler de Toi, je revoyais devant moi, briller la Lumière de ma toute Première Communion ! Je n’ai jamais oublié… et même si après ce beau jour, forcé par les lois de Ton Eglise, Tu as été contraint de me refuser La Nourriture Divine dont Tu m’as donné le premier goût, je sais que de là où Tu es, je peux venir, quand je le veux, de Toi, en réclamer – maintenant Tu ne peux plus me La refuser, car enfin, Tu es libéré … Tu sais et Tu vis, Tu jouis de la Vérité et de la Liberté ~ toutes deux Eternelles en la Miséricorde d’un Dieu Inconditionnel !
Oh Berger de mon île, il n’y a plus de barrières, plus de lois, plus de sanctions qui maintenant nous séparent. Ce même Dieu que nous avons vénéré tous les deux, certes chacun à sa façon, nous réunit encore aujourd’hui dans un seul et même Amour. Dans Son immense Bonté, Il a permis que par deux fois Ton regard a accueilli le mien et que par deux fois mon âme a tressailli de joie. Sans hésiter, je Lui rends grâce pour cela … Certes mes mots sont maladroits ~ ils s’écrivent et se disent avec mon cœur en émoi…
Seigneur je veux Te louer, je veux Te dire : MERCI d’être venu me rejoindre à travers le simple regard de Ton Berger Jean. Merci d’avoir captiver mon innocence d’enfant et rencontrer ma faiblesse d’adulte. En cet humble hommage, je veux sceller en une unique louange, et pour la toute dernière fois, le regard de l’homme Evêque qui faisait son devoir, et celui de l’homme Cardinal qui me donnait dans un geste totalement inattendu et non prémédité, ce que j’ai accueillis et reçu en mon cœur tourmenté, comme une bénédiction inespérée venant de Ta Grande Miséricorde.
Oui Cher Cardinal, quand il y a quelques mois de cela, Tu es venu pour rendre hommage à notre mère décédée, Tu as fortement désiré nous bénir ~ TOUS ! Dans la foulée de notre famille endeuillée, je me suis présentée, Le Sort a voulu que je sois la dernière… Je me suis agenouillée devant Toi, et mes larmes ont coulées… Cher Cardinal, j’ai vu dans Ton regard une incompréhension que seule mon cœur pouvait expliquer… et en un geste totalement spontané, je t’ai baisé les mains ~ je t’ai donné la Paix. Tu m’as regardé… et dans Tes beaux yeux déjà voilés par Ta fin terrestre proche et imminente, j’ai vu Dieu… encore une fois, j’ai vu l’Amour, j’ai vu l’Espoir, j’ai vu LA RECONCILIATION ! Entre nous le courant a passé… Dans le silence de Ton cœur étonné, je sais Cher Berger, que Tu as reconnu la profonde blessure de Ta brebis longtemps et toujours dispersée… mais jamais égarée. Je suis et je reste celle que Tu es venu chercher… pour encore une fois… l’épurer !
Voilà cher Cardinal, comment je T’ai rencontré et aimé. Souviens Toi de moi, maintenant que Tu as accès au Père, au Fils, et en Leur Seul et Unique Esprit… et si j’osais encore une fois Te faire une dernière requête, ce serait de Te demander de préparer dès maintenant … La Table pour moi…
Amen +
Au Puidamour, ce dimanche 19.07.2009
+Doris David

